mercredi 25 novembre 2009
Ballade des souris
Où trouver la côte et la mer
Groënland, Afrique, Islande, Espagne,
Où je pourrais m'en aller fier,
Moi qui n'ai pas trouvé mon pair ?
J'ai la misère pour compagne
Et dans l'appartement désert
On n'entend pas un souffle d'air.
Les souris sont à la campagne.
Mais par ce temps de pain très cher
Où l'on perd le beurre qu'on gagne,
Malgré qu'il fasse rose et clair,
On me donne un conseil d'hiver :
" Allez-vous-en sur la montagne
Vous vivrez d'un rien dans l'éther. "
Je pars, quittant le monde amer,
Les souris sont à la campagne.
Et je devrais, chaussé de vair
Comme l'empereur Charlemagne,
Mener le monde avec du fer,
Riant du ciel et de l'enfer
Et de la prison, et du bagne
Et du cimetière et du ver,
Ayant sous le front un éclair,
Les souris sont à la campagne.
Malgré les vents Borée, Auster,
Chaste Muse, ôte un peu ton pagne,
Livre-moi librement ta chair.
Les souris sont à la campagne.
Groënland, Afrique, Islande, Espagne,
Où je pourrais m'en aller fier,
Moi qui n'ai pas trouvé mon pair ?
J'ai la misère pour compagne
Et dans l'appartement désert
On n'entend pas un souffle d'air.
Les souris sont à la campagne.
Mais par ce temps de pain très cher
Où l'on perd le beurre qu'on gagne,
Malgré qu'il fasse rose et clair,
On me donne un conseil d'hiver :
" Allez-vous-en sur la montagne
Vous vivrez d'un rien dans l'éther. "
Je pars, quittant le monde amer,
Les souris sont à la campagne.
Et je devrais, chaussé de vair
Comme l'empereur Charlemagne,
Mener le monde avec du fer,
Riant du ciel et de l'enfer
Et de la prison, et du bagne
Et du cimetière et du ver,
Ayant sous le front un éclair,
Les souris sont à la campagne.
Malgré les vents Borée, Auster,
Chaste Muse, ôte un peu ton pagne,
Livre-moi librement ta chair.
Les souris sont à la campagne.
(Charles Cros, 1842-1888)
Banalité
L'océan d'argent couvre tout
Avec sa marée incrustante.
Nous avons rêvé jusqu'au bout
Le legs d'un oncle ou d'une tante.
Rien ne vient. Notre cerveau bout
Dans l'Idéal, feu qui nous tente,
Et nous mourons. Restent debout
Ceux qui font le cours de la rente.
Etouffé sous les lourds métaux
Qui brûlèrent toute espérance,
Mon coeur fait un bruit de marteaux.
L'or, l'argent, rois d'indifférence
Fondus, puis froids, ont recouvert
Les muguets et le gazon vert.
Avec sa marée incrustante.
Nous avons rêvé jusqu'au bout
Le legs d'un oncle ou d'une tante.
Rien ne vient. Notre cerveau bout
Dans l'Idéal, feu qui nous tente,
Et nous mourons. Restent debout
Ceux qui font le cours de la rente.
Etouffé sous les lourds métaux
Qui brûlèrent toute espérance,
Mon coeur fait un bruit de marteaux.
L'or, l'argent, rois d'indifférence
Fondus, puis froids, ont recouvert
Les muguets et le gazon vert.
(Charles Cros, 1842-1888)
Liberté
Le vent impur des étables
Vient d'ouest, d'est, du sud, du nord.
On ne s'assied plus aux tables
Des heureux, puisqu'on est mort.
Les princesses aux beaux râbles
Offrent leurs plus doux trésors.
Mais on s'en va dans les sables
Oublié, méprisé, fort.
On peut regarder la lune
Tranquille dans le ciel noir.
Et quelle morale ?... aucune.
Je me console à vous voir,
A vous étreindre ce soir
Amie éclatante et brune.
Vient d'ouest, d'est, du sud, du nord.
On ne s'assied plus aux tables
Des heureux, puisqu'on est mort.
Les princesses aux beaux râbles
Offrent leurs plus doux trésors.
Mais on s'en va dans les sables
Oublié, méprisé, fort.
On peut regarder la lune
Tranquille dans le ciel noir.
Et quelle morale ?... aucune.
Je me console à vous voir,
A vous étreindre ce soir
Amie éclatante et brune.
(Charles Cros, 1842-1888)
Poème pour Pierre Falardeau... deux mois aujourd'hui...
Oh ! Oh !
Les oiseaux
morts
Les oiseaux
les colombes
nos mains
Qu’est-ce qu’elles ont eu
qu’elles ne se reconnaissent plus
On les a vues autrefois
Se rencontrer dans la pleine clarté
se balancer dans le ciel
se côtoyer avec tant de plaisir et se connaître
dans une telle douceur
Qu’est-ce qu’elles ont maintenant
quatre mains sans plus un chant
que voici mortes
désertées
J’ai goûté à la fin du monde
et ton visage a paru périr
devant ce silence de quatre colombes
devant la mort de ces quatre mains
Tombées
en rang côte à côte
Et l’on se demande
À ce deuil
quelle mort secrète
quel travail secret de la mort
par quelle voie intime dans notre ombre
où nos regards n’ont pas voulu descendre
La mort
a mangé la vie aux oiseaux
a chassé le chant et rompu le vol
à quatre colombes
alignées sous nos yeux
de sorte qu’elles sont maintenant sans palpitation
et sans rayonnement de l’âme.
(Hector de Saint-Denys Garneau, 1912-1943)
dimanche 22 novembre 2009
Cage d'oiseau
Je suis une cage d’oiseau
Une cage d’os
Avec un oiseau
L’oiseau dans ma cage d’os
C’est la mort qui fait son nid
Lorsque rien n’arrive
On entend froisser ses ailes
Et quand on a ri beaucoup
Si l’on cesse tout à coup
On l’entend qui roucoule
Au fond
Comme un grelot
C’est un oiseau tenu captif
La mort dans ma cage d’os
Voudrait-il pas s’envoler
Est-ce vous qui le retiendrez Qu’est-ce que c’est
Il ne pourra s’en aller
Qu’après avoir tout mangé
Mon cœur
La source du sang
Avec la vie dedans
Il aura mon âme au bec.
Saint-Denys Garneau (1912-1943)
QU'EST-CE QU'ON PEUT ?
Qu’est-ce qu’on peut pour notre ami
au loin là-bas
à longueur de notre bras
Qu’est-ce qu’on peut pour notre ami
Qui souffre une douleur infinie
Qu’est-ce qu’on peut pour notre cœur
Qui se tourmente et se lamente
Qu’est-ce qu’on peut pour notre cœur
Qui nous quitte en voyage tout seul
Que l’on regarde d’où l’on est
Comme un enfant qui part en mer
De sur la falaise où l’on est
Comme un enfant qu’un vaisseau prend
Comme un bateau que prend la mer
Pour un voyage au bout du vent
Pour un voyage en plein soleil
Mais la mer sonne déjà sourd
Et le ressac s’abat plus lourd
Et le voyage est à l’orage
Et lorsque toute la mer tonne
Et que le vent se lamente aux cordages
Le vaisseau n’est plus qu’une plainte
Et l’enfant n’est plus qu’un tourment
Et de la falaise où l’on est
Notre regard est sur la mer
Et nos bras sont à nos côtés
Comme des rames inutiles
Nos regards souffrent sur la mer
Comme de grandes mains de pitié
Deux pauvres mains qui ne font rien
Qui savent tout et ne peuvent rien
Qu’est-ce qu’on peut pour notre cœur
Enfant en voyage tout seul
Que la mer à nos yeux déchira.
Saint-Denys Garneau (1912-1943)
Pour Eblis...
Spleen
Ah ! quel voyage nous allons faire
Mon âme et moi, quel lent voyage
Et quel pays nous allons voir
Quel long pays, pays d’ennui.
Ah ! d’être assez fourbu le soir
Pour revenir sans plus rien voir
Et de mourir pendant la nuit
Mort de moi, mort de notre ennui
Saint-Denys Garneau (1912-1943)
vendredi 20 novembre 2009
Petit texte bien falardien...
"Toute la rapace est là. Les boss et puis les femmes de boss, les barons de la finance, les rois de la pizza congelée, les mafiosos de l’immobilier, toute la gangue des bienfaiteurs de l’humanité, les charognes à qui on élève des monuments, les profiteurs qui passent pour des philanthropes, les pauvres types amis du régime déguisés en sénateurs séniles, les bonnes femmes aux culs serrés, les petites pin-ups qui sucent pour monter jusqu’au top, les journalistes rampants habillés en éditorialistes serviles, les avocats véreux costumés en juges à 100 000 par année, les lèches-culs qui se prennent pour artistes, toute la gangue est là, un beau ramassis d’insignifiants, chromés, médaillés, cravatés, vulgaires et grossiers avec leurs costumes chics et leurs bijoux de luxe, ils puent le parfum cher, sont riches et sont beaux, affreusement beaux avec leurs dents affreusement blanches et leur peau affreusement rouge, et ils fêtent."
Pierre Falardeau (Le temps des bouffons)
lundi 16 novembre 2009
mercredi 4 novembre 2009
mardi 3 novembre 2009
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