jeudi 28 janvier 2010

Comme des étoiles de poupée...

"À la pointe de l'île Saint-Louis, Nil est assis sur les grosses pierres inégales de la berge, le dos contre le mur, Angiolina s'est allongée, sa tête reposant sur les genoux de son compagnon. À une cinquantaine de mètres, des pêcheurs, des étrangères blondes. Rehaussant, tel un diadème, la sombre beauté de ses grands yeux obliques, les paupières d'Angiolina sont poudrées d'or. Nil défait un bouton de la chemise de scout, puis deux. La petite ne porte pas de soutien-gorge. Nil glisse une main dans l'échancrure, caresse les seins ronds et veloutés. L'écolière soupire, redresse le buste, se serre contre la poitrine de Nil. Un bateau-mouche opère son demi-tour dans les criailleries d'un haut-parleur polyglotte, mais bientôt c'est à nouveau le silence. L'air est doux ; le reflet des nuages qui courent dans le ciel, remonte le cours du fleuve. Soudain, de grosses gouttes de pluie tracent des ronds dans la poussière, mouillent les visages. C'est une pluie d'août, lustrale. L'eau du ciel et la salive parfumée d'Angiolina se mêlent sur la langue de Nil comme le pain et le vin sur la cuillère que le prêtre présente aux fidèles, à la communion. Ce soir, lorsqu'il se regardera dans une glace, Nil découvrira, collées à ses lèvres, des parcelles de poudre d'or, brillant comme des étoiles de poupée."

Gabriel Matzneff, Ivre du vin perdu

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