vendredi 29 janvier 2010

Semblable aux avenues mortes d'un cauchemar...

« Les amants boivent le thé, en silence. De temps à autre, ils échangent un sourire, et Nil se penche pour poser un léger baiser sur les lèvres de la jeune fille. Tous les deux, ils savourent au suprême la douceur de ces minutes. Dehors, c’est la presse, le froid, la méchanceté, mais « dehors » n’existe pas. L’unique réalité est cette chambre sous les toits où flotte, tiède, brumeuse, une odeur de plaisir et d’encens. »

« Nil n’a pas fini de souffrir. S’éloignant à grands pas, il savoure l’âcre et fatale volupté du malheur. Son bras nu encercle les épaules de Laure, dont les longs cheveux aux changeants reflets de miel, tantôt très clairs et tantôt plus foncés, coulent sur sa peau comme des pépites d’or liquide. »

« La moiteur de l’air enveloppait les rues vides d’un halo de tristesse nébuleuse. Déjà sinistre à l’accoutumée, la rue de la Glacière était, en ce dimanche d’août, à quatre heures de l’après-midi, semblable aux avenues mortes d’un cauchemar. »

Gabriel Matzneff, Ivre du vin perdu

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