dimanche 28 février 2010

L'école buissonnière selon Joyce

"Cette nuit-là je dormis mal. Le lendemain matin je fus le premier arrivé au point car c'est moi qui habitais le plus près. Je cachai mes livres dans l'herbe haute près de la fosse à cendre au fond du jardin où personne ne venait jamais et me hâtai le long du canal. C'était une matinée douce et ensoleillée de la première semaine de juin. Je m'assis bien droit sur le chaperon du pont, admirant les minces chaussures de toile que j'avais soigneusement passées au blanc la veille et regardant les chevaux dociles qui tiraient un tramway plein d'employés le long de la pente. Les branches des grands arbres qui bordaient la promenade étaient toutes égayées par de petites feuilles d'un vert pâle à travers lesquelles les rayons du soleil obliquaient vers la rivière. Le granit du pont commençait à être chaud et je le tapotai des mains au rythme d'un air qui me passait par la tête. J'étais très heureux."

(James Joyce, Gens de Dublin)

Aucun commentaire: