mercredi 24 mars 2010

Rien n'étonne plus personne

"C'était le jeudi 24 octobre, au second jour de la prise d'otages de Nord-Ost. Dans l'après-midi, six individus cagoulés et armés ont fait irruption dans notre maison en défonçant la porte. Ils portaient des tenues de camouflage estampillées du ministère de l'Intérieur russe. Sans un mot, ils ont empoigné Akhmed, mon fils aîné de 22 ans, l'ont traîné dehors et l'ont attaché à un poteau électrique. Quelques secondes plus tard, ils le tuaient, puis disparaissaient. J'ai ramassé ses morceaux de cervelle épars", raconte d'une voix blanche la mère, Fatima, 37 ans.

Cette scène d'horreur s'est déroulée à Kalinina, un quartier de Grozny où la famille entière (la mère, ses quatre filles, deux autres fils de moins de 10 ans) a été témoin de l'exécution d'Akhmed.

Après avoir prononcé ces quelques phrases, la mère se tait, accablée. Que dire ? Que faire ? Qui accuser ? Au moyen de quelle procédure ? Les opérations de ce genre, menées par des "commandos de la mort", relèvent de la routine en Tchétchénie où rien n'étonne plus personne.

(Anne Nivat, La guerre qui n'aura pas eu lieu)

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