mardi 20 avril 2010

Un scintillement trompeur

"À mon réveil, la Terre n'était plus visible. Seules les étoiles, floues à cause des insuffisances de l'optique, scintillaient, lointaines et inaccessibles. Je m'imaginai l'une de ces énormes boules brûlantes suspendues dans le vide glacial séparée par des milliards et des milliards de kilomètres de ses voisines, ces minuscules points brillants dont il est impossible de dire s'ils existent encore, puisqu'une étoile peut périr alors que sa lumière se répand encore dans tous les sens pendant des millénaires. Finalement, pensais-je, que sait-on des étoiles sinon que leur vie est horrible et privée de sens, puisque tous leurs déplacements dans l'espace sont soumis à des lois mécaniques qui ne laissent aucun espoir à des rencontres fortuites ? En revanche, nous autres, les humains, nous sommes libres de nous rencontrer, de nous donner des tapes sur l'épaule et de nous séparer. Or, dans une dimension spéciale où notre conscience jette parfois, avec effarement, un regard furtif, nous pendons immobiles dans le vide, où il n'y a ni haut ni bas, ni hier ni demain, pas plus que d'espoir de se rapprocher l'un de l'autre ni d'affirmer sa volonté et changer son destin. Nous jugeons les autres d'après le scintillement trompeur qui nous parvient, et nous marchons, toute notre vie, vers ce que nous considérons être une lumière, bien que sa source puisse ne plus exister depuis longtemps."

(Viktor Pelevine, Omon-Ra)

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