lundi 10 mai 2010

C'est le silence...

"C'est le silence. On n'entend que les hurlements des chiens dans le silo et, dans les roseaux, les froufroutements et les cris des canards excitant l'appétit. Sinon rien. Tout est calme. Les "Tchèques", à supposer qu'ils soient vraiment présents dans la vallée, sont d'une discrétion absolue, eux aussi sont aux aguets.

Les minutes se sont distendues en années. Les ténèbres et la nuit les ont emmitouflées. Le temps, qui ne peut même plus être mesuré en cigarettes, a perdu toute signification.

Tout est mort, sauf eux qui vivotent tout juste, engourdis par le froid. Comme des sous-marins coulés, ils ont échoué sur un récif, leurs flancs métalliques sourdement imbriqués les uns dans les autres sous les flots, ils se sont figés, paralysés, entassés pour mieux conserver la chaleur. Et l'attente nocturne mortellement épaisse les a écrasés,. leurs crânes craquent, ils sont brisés, les ténèbres les ont envahis, les ont éclatés en mille morceaux, ne laissant qu'une gouttelette d'énergie quelque part au milieu de leur cervelet. Autour il n'y a pas âme qui vive, ils sont seuls, morts..."

(Arkadi Babtchenko, La couleur de la guerre)

Aucun commentaire: