mercredi 19 mai 2010

La description du "sauvage".

"Dans le milieu social urbain, l'individu dispose d'une certaine liberté d'action et de pensée. Il peut choisir sa compagne et son alimentation comme bon lui semble ; il peut également avoir des opinions différentes de celles des autres et contester celles d'un clan pour en rejoindre un autre. Dans un hameau de vingt ou trente cases, les structures familiales, les ressources locales et la constante coexistence avec les autres habitants le lui interdisent. Dans la société mélanésienne, il en va tout autrement : la philosophie de la koula est que la totalité du monde est un organisme vivant et homogène, avec ses lois et ses prescriptions. Tous partagent les mêmes émotions et les mêmes croyances. Si un indigène a un rêve prémonitoire, ils y croient tous. S'il dit qu'il est habité par un dieu, ils sont tous solidaires de sa possession. L'identification de l'individu au psychisme collectif est maximale. D'où cette "vulnérabilité" ou "naïveté" qui surprend le profane occidental et qui, en tout cas, désorienta les administrateurs coloniaux.

Malinowski a clairement démontré que le "sauvage" ne correspondait aucunement aux portraits des premiers explorateurs et voyageurs, c'est-à-dire ceux d'un homme libre de se comporter comme bon lui semblait et satisfaisant, bien sûr, à ses "instincts animaux" quand l'envie lui en prenait : les rapports publics et privés des sociétés primitives sont strictement réglementés, et de surcroît commandés "par des liens de parenté et de clans extrêmement complexes."

C'est incidemment, le citadin contemporain qui répondrait le mieux à la description du "sauvage"."

(Gérald Messadié, Cargo la religion des humiliés du Pacifique)

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