jeudi 12 août 2010

Debout au bord d'une falaise...

"Depuis trois jours, pas un signe de toi, aucun appel. As-tu décidé de rompre ? Je perds le sommeil. Sentinelle, j'attends la sonnerie qui me délivrera. J'écoute dans le noir, au bord d'un précipice, je sursaute au moindre bruit.

Tout s'épaissit. Les heures deviennent des mondes infranchissables. Je n'appelle plus personne de peur de te rater. Tu es parti sans rien dire. Pourquoi me jettes-tu dans ce gouffre ? Je dégringole sans rien pour me retenir. J'ai mal, j'ai froid, j'ai la nausée.

Écrire ton nom. Serait-ce ma délivrance ? Transgresser. Dénoncer le pacte. Pourquoi le redouter ?

Et toi, que crains-tu quand tu t'abandonnes à nous, de laisser le temps t'échapper ? D'omettre de regarder l'heure comme tu le fais constamment ? Veux-tu cesser d'écrire sur moi ?

Les jours s'écoulent hors de ma présence. Je parle. J'agis. Mais ce n'est pas moi qui réponds. C'est l'autre. Celle qui vit hors de toi. Celle qui fait semblant d'exister. Moi je reste emmurée dans l'espace clos où tu m'as laissée.

Je t'attends au long du temps. Debout au bord d'une falaise, je regarde les gens, pensant te reconnaître à tout instant.

L'angoisse d'être séparée de toi me serre la gorge, laissant seulement passer la fumée des cigarettes que je grille sans relâche pour me brûler de l'intérieur. Je me réduis en cendres, me désagrège."

(Nathalie Rheims, Journal intime)

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