jeudi 5 août 2010

Elle gisait immobile

"Elle gisait immobile, absolument passive, l'esprit entièrement occupé du jeu de mes doigts. Je pris sa main et la glissai dans ma braguette qui se déboutonna magiquement. Elle empoigna solidement ma verge, mais doucement, la caressant, l'effleurant habilement. Je lui jetai un bref coup d'oeil par-dessus et vis une expression de quasi-béatitude sur ses traits. C'était cela qu'elle aimait : cet échange aveugle, tactile, d'émotions. Si seulement elle pouvait s'endormir pour de bon en ce moment, se laisser baiser, feindre que c'en était fini pour elle de guetter, de veiller... de se donner simplement, totalement, et pourtant innocemment... mon Dieu, quelle félicité ce serait ! Ce qu'elle aimait, c'était baiser avec son con intime ; gisant là parfaitement immobile, comme en transe. Sémaphores au garde-à-vous ; distendue ; jubilante ; tressautante ; chatouillante ; tétante ; accrochante ; elle pouvait baiser à coeur joie, baiser jusqu'à épuisement de la dernière goutte de jus.

Il fallait à tout prix, maintenant, éviter un faux mouvement, éviter de crever la mince membrane qu'elle continuait à tisser comme un cocon autour de son moi charnel et nu. Passer du doigt à la pine exigeait une habileté de magnétiseur. Ce plaisir vénéneux, il fallait l'accroître par doses aussi insensibles que possible, comme un poison auquel le corps ne s'accoutume que lentement. Il faudrait la baiser à travers le voile du con, tout comme, il y avait des années, pour la prendre, j'avais dû la violer à travers sa chemise de nuit... Une pensée diabolique me vint à l'esprit, tandis que ma verge frémissait de volupté sous ses caresses adroites. Je la revoyais assise sur les genoux de son beau-père, dans l'ombre, la fente gluée à la braguette du vieux, comme toujours. Je me demandis quelle tête elle eût faite, si elle avait senti soudain le ver luisant de la ganache se faufiler dans son con rêveur ; si, pendant qu'elle murmurait sa litanie perverse d'amour adolescent aux oreilles de l'autre, inconsciente du fait que son vêtement léger comme une gaze ne couvrait plus ses fesses charnues, comme chose honteuse, qui se dissimulait entre les jambes du vieux, s'était brusquement redressée dans un éclair pour grimper en elle et exploser comme un revolver à eau. Je la regardais pour voir si elle pouvait lire mes pensée, sans cesser cependant d'explorer les plis et replis de son con embrasé, à grands palpes hardis et agressifs. Ses paupières étaient étroitement closes ; ses lèvres, lascivement entrouvertes ; le bas de son corps se mit à gigoter et à se tortiller, comme un poisson se débat dans le filet. Doucement, je retirai sa main de ma verge, soulevant en même temps, délicatement, une de ses jambes et la passai par-dessus moi. Je laissai ma pine tressaillir et frémir quelques instants à l'entrée de la fente, l'autorisant à glisser d'avant en arrière et vice versa, tel un jouet flexible en caoutchouc. Un refrain stupide tournait sans arrêt dans mon crâne : "Devine c'que j'tiens au d'ssus d'ta tête... du supérieur ou de l'extra?" Je continuai ce petit jeu provocant pendant un bout de temps, tantôt passant le nez de ma pine à l'intérieur, de deux ou trois centimètres, tantôt le frottant à l'extrême pointe du con et le blottissant ensuite dans le buisson humide de rosée. Tout à coup, elle ahana et, les yeux grands ouverts, se retourna complètement. En équilibre sur mains et genoux, elle se mit, frénétiquement, à vouloir coincer ma verge dans son piège gluant. Je la pris par les fesses, à deux mains, mes doigts faisant un glissando le long du bord interne et gonflé du con ; et ouvrant celui-ci comme j'eusse fait d'une bulle en caoutchouc crevée, je plaçai ma pine au point vulnérable et j'attendis qu'elle se rabattit de tout son poids. Un instant, je crus qu'elle avait brusquement changé d'idée. Sa tête, qui jusqu'alors ballait en liberté, les yeux inertes tournant au rythme frénétique du con, se redressa soudain roide et tendue, en même temps que son regard se portait subitement sur un point de l'espace au-dessus de ma tête. Une expression de plaisir extrême et égoïste emplissait les pupilles dilatées et folles. Et tandis qu'elle imprimait à son cul un mouvement de rotation, ma verge n'étant encore qu'à demi entrée, elle se prit à mâcher sa lèvre inférieure. Sur quoi, me glissant un peu plus bas, je l'attirai à moi de toutes mes forces et l'enfilai jusqu'à la garde - si profondément qu'elle poussa un gémissement et que sa tête s'affala, face contre l'oreiller. Au même moment - alors que j'aurais pu empoigner une carotte et l'en fourgonner, pour la différence que cela aurait fait - on frappa un coup violent à la porte. Nous en fûmes si saisis l'un et l'autre, que ce dut tout juste si nous n'eûmes pas un arrêt du coeur. Comme d'habitude, ce fut elle qui reprit la première ses esprits. S'arrachant à moi, elle courut à la porte."

(Henry Miller, Sexus)

Aucun commentaire: