dimanche 8 août 2010

Ruslan Gelayev

Celui qui deviendra l'une des plus célèbres figures de la résistance tchétchène, Ruslan Gelayev a vu le jour en 1964, dans le village de Saadi-Khutor (plus connu sous son nom soviétique de Komsomolskoye), près d’Urus-Martan. Il appartient à une famille paysanne issue du clan (teip) des Melkhi. Il s'engage d'abord dans la police où il restera jusqu'à la chute de l'Union Soviétique.

Elevé dans le souvenir de la déportation de son peuple et très tôt acquis aux idées indépendantistes, bien que sans véritable culture politique, il inaugure vraisemblablement sa future carrière de chef de guerre en Géorgie, où pendant la guerre civile, entre 1992 et 1993, il combat dans les rangs des forces zviadistes (anti-moscovites).

Lorsque débute la première guerre contre les Russes en 1994 il s'engage immédiatement contre l'occupant. Basé dans la région de Shatoï, au centre du pays, il mène la vie dure à ses adversaires et crée une unité spéciale de saboteurs connue sous le nom de « Borz » (le Loup). Son charisme et ses talents de stratège lui valent de la part des Russes le surnom d'Ange Noir. Ils lui permettent également d'obtenir en mars 1996 le poste de commandant du front Sud-ouest, son unité spéciale étant devenue entre-temps un régiment officiel de l'armée tchétchène. C'est à ce titre qu'il co-dirige quelques mois plus tard la reconquête du pays sur les forces russes.

Nommé ministre de la Défense du premier gouvernement Maskhadov, il démissionne peu après et effectue un pèlerinage à La Mekke, pèlerinage au cours duquel il change son prénom pour celui de Khamzat (en arabe Hamza).

Après quelques années de retrait, il reprend les armes en 1999 et participe au siège de Grozny où il commet semble t'il de cruelles erreurs de stratégie. Son insubordination finit par lui coûter son poste (début 2000). Alors qu'il tente de regagner ses bases situées dans le Sud du pays, lui et ses hommes sont en partie encerclés par les forces fédérales au début du mois de mars 2000. Tandis que Gelayev parvient à se réfugier in-extremis en lieu sûr, la plupart des combattants de son bataillon sont tués par d'intenses pilonnages ennemis. Le village de Komsomolskoye où ils s'étaient réfugiés et qui était aussi le village natal de leur chef est entièrement rasé au cours de ces deux semaines d'affrontements sanglants. Les rares rescapés, un peu plus d'une centaine, seront abattus sommairement ou mourront sous la torture comme en témoigne un reportage vidéo tourné à l’époque par un soldat russe et diffusé quelques années plus tard. Les autorités russes auraient alors tenté d'obtenir son ralliement en échange d'une amnistie, mais sans succès.

Au cours des mois et des années qui suivent, on croit suivre difficilement la trace de Gelayev en Géorgie, et notamment dans la vallée de Pankissi où il reprend des forces et encadre l'accueil des réfugiés tchétchènes qui sont parvenus à fuir leur pays. En septembre-octobre 2001, à une époque où Moscou cherche à relier son action en Tchétchénie à la lutte engagée par les Etats-Unis contre al-Qaeda, on voit les médias russes présenter la vallée de Pankissi comme le lien possible entre la rébellion tchétchène et le terrorisme international. Dès lors la pression devient insistante sur la Géorgie. A cette même époque on apprend cependant que Gelayev se battrait pour le compte des forces géorgiennes dans les gorges de Kodor contre les troupes russo-abkhazes. Mais l'opération échoue et Gelayev disparaît à nouveau on ne sait où.

Ce n'est qu'un an plus tard qu'il refait son apparition en Tchétchénie, après quoi il s'illustre au cours des durs combats dans la région Galashki (Ingouchie) en octobre 2002. Ces affrontements sont suivis de sa pleine réhabilitation et son retour au sein des instances militaires de la République d'Ichkérie. Si le poste de commandant du front Ouest reste aux mains de son ancien dauphin, Dokka Umarov, Gelayev ne s'en voit pas moins nommé à la tête de la région Sud, une région qu'il connaît bien et d'où il organise le ravitaillement des combattants. Mais le 29 février 2004, l'épopée de Gelayev prend fin subitement. Ce jour-là en effet, au cours d'une mission qu'il mène seul au Daghestan il est mortellement blessé par les tirs de deux gardes frontières (qu'il réussira à abattre) et finit par s'effondrer dans la neige quelques dizaines de mètres plus loin. Il n'avait pas quarante ans.

(Source : Sabil-Al-Islam, Les combattants tchétchènes)

Afin de ne pas oublier...

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