lundi 9 août 2010

Oumar Israïlov, 27 ans, assassiné dans les rues de Vienne

Oumar Israïlov 27 ans, réfugié tchétchène en Autriche, a été assassiné dans les rues de Vienne par balles le 13 janvier 2009, soit une semaine avant l’assassinat de Stanislav Markelov, avocat russe de 34 ans, qui défendait lui-aussi (entre autres) la cause tchétchène.

Il avait déclaré publiquement avoir été torturé par Ramzan Kadyrov, président fantoche pro-Russe de la Tchétchènie, et avait saisi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en 2006.

Le jeune homme avait combattu armes à la main contre l’envahisseur russe, avant d’être ‘retourné’ et de rallier les forces de sécurité de l’actuel président pro-russe Razman Kadyrov qui fut nommé Premier ministre à l’assassinat de son père en 2004.

Selon son récit, il aurait été capturé en avril 2003 par les hommes de Kadyrov alors qu’il cherchait des ravitaillements pour la guérilla antirusse.

Conduit vers une “base sportive” dans la localité de Tsenteroï, il est alors détenu et maltraité pendant trois mois. Il est passé à tabac, parfois accroché à des barres du gymnase, parfois brûlé par une tige métallique chauffée à blanc, appliquée derrière le genou et sous des doigts de pied.

Il est ensuite contraint de rejoindre les milices du dirigeant tchétchène, « kadyrovtsy », les miliciens de la garde prétorienne du chef de l’Etat chargés des basses besognes (arrestation, torture, traque des opposants), selon un processus de recrutement forcé qui est au coeur de la “tchétchénisation” du conflit prônée par Moscou.

Il participe alors lui-même au “sale boulot”. Il assiste à des séances de torture de combattants tchétchènes, et à des assassinats.

Les corps étaient enterrés dans le cimetière de Gazavat, à la lisière de Tsenteroï, un des nombreux charniers que compte la Tchétchénie.

En avril 2004, Oumar Israïlov décide de s’enfuir avec son épouse et ses enfants, vers Kislovodsk, dans le sud de la Russie, puis Moscou, puis la Pologne, par des filières clandestines.

Ne se sentant pas en sécurité en Pologne - “il y a eu là-bas des incidents où les gens étaient capturés” -, il se rend en Autriche.

Il obtient la reconnaissance de son statut de réfugié en 2006 en Autriche.

Son père et sa belle-soeur restés en Tchétchénie sont aussitôt faits prisonniers par les hommes de Kadyrov, détenus illégalement pendant dix mois et torturés, manifestement pour forcer Oumar à rentrer.

Lorsque Oumar dépose, avec l’aide d’ONG occidentales, une plainte auprès de la CEDH, les autorités russes réagissent en lançant à son encontre, en 2007, un mandat d’arrêt international et une demande d’extradition, pour “appartenance à une organisation terroriste”.
Une personne se présentant comme l’émissaire de Ramzan Kadyrov, Artour Kourmakaev, était venue voir Oumar Israïlov en Autriche en 2008 et aurait fait pression sur lui pour qu’il retire sa plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme et rentre en Tchétchénie.

Oumar Israilov se sentait épié depuis plusieurs mois. En décembre dernier, il en avait fait part aux services antiterroristes autrichiens, qui lui refusent alors leur protection, ignorant les mises en garde répétées du jeune homme.

Il était en effet un témoin particulièrement compromettant pour Ramzan Kadyrov, l’homme qui tient la Tchétchénie sous sa férule depuis environ quatre ans et qui s’était vu décerner par Vladimir Poutine en 2004 la plus haute distinction de la Fédération de Russie, la médaille du “Héros russe”.

Des exilés tchétchènes affirment que Ramzan Kadyrov a établi une liste, sur laquelle figurent 5000 noms d’opposants. 300 seraient « short-listés ». Dans le but d’une élimination rapide. Parmi eux figurent 50 Tchétchènes réfugiés en Autriche.

La Cour ne peut laisser impunis de tels agissements. Espérons que la plainte pourra être maintenue par la famille Israïlov et que l’Etat russe fera l’objet d’une sanction exemplaire car “l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements“.

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