samedi 16 octobre 2010

Et pourtant c'est un gamin.

"Morne horizon sous un ciel vitreux, désert plat, touffes d'armoise, broussailles, butte lointaine, cavalier solitaire. C'est un pays de sable, de rocs desséchés et de choses mortes. Pays de vautours. Et c'est ce pays qu'il parcourt. Parce que : c'est ici qu'il est maintenant, et par ici il n'y a aucune raison de s'arrêter, de revenir en arrière non plus, il n'y a rien là-bas vers quoi revenir. Son visage mince est protégé du soleil au-dessus de lui par un feutre rond à large bord, brun pâle comme le pays qui l'entoure, vieux et cabossé. Un foulard, sans doute rouge autrefois, noué autour du cou, recueille le peu de sueur que, dans son état desséché, fesses meurtries par la selle, il sue. Un gilet souple et déchiré, une chemise grise, jambières de peau usées par la piste sur un jean sombre enfoncé dans des bottes pointues crottées, tout cela bousillé, et élimé, et battu par la pluie, racorni par le soleil et le vent et crasseux de poussière, voilà l'image qu'il donne, ce cavalier solitaire migrant avec lenteur et obstination sur la plaine désertique. Il porte un six-coups à crosse en bois sous les côtes, un couteau de chasse à manche en os à la ceinture, et une carabine pendouille, canon visant son ombre partenaire sur le sol du désert, au pommeau de sa selle. Il est parcheminé et hâlé et aussi vieux que les collines. Et pourtant c'est un gamin. Il ne sera jamais autre chose."

(Robert Coover, Ville Fantôme)

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