vendredi 19 novembre 2010

Anthologie de l'art grec de Pierre Brunel

Pierre Brunel, ancien élève de l’École Normale Supérieure et agrégé de lettres classiques est professeur émérite de littérature comparée à l’Université de Paris-Sorbonne. Il n’est donc nullement historien d’art ce qui rend ce livre tout à fait intéressant et particulier par comparaison avec d’autres ouvrages traitant du même thème. L’auteur nous présente une sélection d’œuvres d’art issues de la Grèce antique, la plupart des sculptures mais aussi des édifices et des peintures. Il débute donc cette magnifique anthologie avec l’art crétois et l’art mycénien pour poursuivre avec l’évolution de l’art géométrique, le temple grec et la représentation des dieux, l’Acropole d’Athènes, la sculpture à l’âge classique, la peinture, l’art de l’époque hellénistique, différentes représentations d’Aphrodite, Apollon et Dionysos pour terminer par les théâtres de Delphes, d’Épidaure et de Syracuse.

Ce qui rend cet ouvrage si particulier à mon avis, ce sont les commentaires de monsieur Brunel sur les différentes œuvres présentées. L'auteur s’est appuyé dans ses recherches sur les historiens d’art Louis Hourticq et René Ginouvès et il fait souvent référence à eux mais il émaille également ses courts textes de références littéraires et là réside toute la saveur si particulière de ce lourd volume. Exemple : le texte décrivant un vase archaïque d’Ialysos est agrémenté d’un court poème tiré du recueil de John Keats intitulé « Ode sur une urne grecque » écrit en 1819 et la page traitant du Centaure enlevant une femme lapithe nous offre un extrait fort beau tiré du recueil de José-Maria de Heredia intitulé « Trophées » datant de1893. Et tout au long du livre, nous trouvons ces petits trésors littéraires si pertinents au sujet traité.

Ai-je besoin d’ajouter que les photos sont sublimes de beauté et de sobriété. Chacune est en pleine page et met en valeur d’une incroyable façon ces œuvres irremplaçables qui datent presque toutes de 400 à 450 ans avant J.-C. Pour chacune, il est indiqué le lieu de sa découverte, le nom de l’auteur de la trouvaille, le matériau, les dimensions, son lieu de conservation et bien sûr la datation. Le livre est d’une belle actualité puisqu’il existe présentement un débat sur le rapatriement des frises du Parthénon conservées présentement au British Museum et que la Grèce réclame de bon droit à mon avis.

J’ai également apprécié de l’ouvrage la large place accordée au sculpteur et au mythe entourant chaque thème. Parcourir ce livre est un véritable enchantement, une incursion dans un monde de beauté immuable peuplé de représentations de dieux, de femmes et d’hommes, figés pour l’éternité dans des poses et des actions nous les montrant parfois touchants de vulnérabilité et de simplicité et parfois grandioses, porteurs de valeurs phares qui continuent d’éclairer les ténèbres de notre monde plongé dans un matérialisme navrant et d’une décourageante vulgarité.

Dirlandaise

" Il y a un lieu où la perfection existe ; il n’y en a pas deux : c’est celui-là. Je n’avais jamais rien imaginé de pareil. C’était l’idéal cristallisé en marbre Pentélique qui se montrait à moi. Jusque-là, j’avais cru que la perfection n’est pas de ce monde ; une seule révélation me paraissait rapprocher de l’absolu. (…) Quand je vis l’Acropole, j’eus la révélation du divin." - Ernest Renan, Souvenirs d’enfance et de jeunesse (1883)

3 commentaires:

Eblis a dit…

Chère amie,
Curieusement, nos champs d’intérêt se croisent et se recroisent dans un véritable tango que j’espère voir durer encore de longues années. Alors que vous lisez ces temps-ci sur l’art grec, je travaille, dans le cadre d’un de mes cours, à monter un cours sur la Grèce antique qui ferra une large place à l’art, à la musique et à l’architecture de cette civilisation. Je jetterai donc un œil à ce livre, histoire de voir ce qu’il contient mais, aussi, de me retrouver là où vos yeux se sont posés.

J’ai beaucoup pensé à vous ces temps-ci. À ces propos que vous m’aviez confiés selon lesquels vous détruisez parfois tout ce que vous aviez construit pour repartir à zéro. Je suis à un tournant de ma vie et je remets plusieurs choses en question. Partir? Rester? J’ai longuement eu envie de vous écrire pour vous faire part de ces doutes mais, faute de temps, j’ai décidé de me priver de ce plaisir pour me concentrer sur mes travaux scolaires. Peut-être aurons-nous l’occasion d’en rediscuter lors d’un prochain échange de missives, lorsque vous serez à nouveau dotée d’une adresse de messagerie électronique fonctionnelle.

J’ignorais que le peintre Rossetti était un des amis de William Morris et qu’ils étaient amoureux de la même femme. C’est donc elle que cette Proserpine, Perséphone mystérieuse à la beauté envoûtante, une beauté si envoûtante qu’elle aura causé la perte de l’homme dont elle était pourtant amoureuse... Vous dîtes trouver étrange qu’ils ne se soient point mariés ensemble malgré un amour réciproque. Étrange n’est peut-être pas le terme le plus approprié. Cette idée rousseauiste du bonheur conjugal et familial est bien marginale au XIXe siècle. Si on la met de l’avant dans les représentations de la bourgeoisie (à ce sujet, je vous invite à découvrir les œuvres de Théophile Hamel, extraordinaire peintre de l’enfance et de la féminité), on l’oublie trop souvent lorsque vient le temps de se marier. Le mariage n’est alors pas un geste d’amour, mais bien une affirmation de son statut social, la création d’une cellule socioéconomique. À l’inverse, de nos jours, on se marie sur un coup de tête au premier venu qui nous compte fleurette. Les couples sont donc éphémères puisqu’ils ne sont plus basés sur cette cellule socioéconomique qui en assurait la stabilité et la longévité. Triste époque...

(suite ci-dessous)

Eblis a dit…

(suite ci-dessus)

J’ai bien aimé cette chanson de David Bowie – artiste fascinant que je connais hélas trop peu – que vous avez placée sur votre blogue à mon attention. C’est effectivement d’une grande sensibilité. Même chose pour Dr. Draw, artiste fascinant dont l’énergie impressionne! Je jetterai un œil à son cd Adagio lors de mon prochain passage chez mon disquaire. En attendant, je vous invite à écouter (ou à découvrir, c’est selon) le « O Magnum Mysterium » de Tomas Luis de Victoria, pièce magnifique qui nous plonge dans une atmosphère mystique à mi-chemin entre le recueillement et l’extase. C’est sur les notes de sa musique que je vous écris d’ailleurs ce soir...

Ainsi, vous avez lu Louis Hamelin au cours des dernières semaines? Intéressant… Je l’ai lu aussi, il y a quelques mois dans le cadre d’un cours sur la littérature québécoise. Je me suis alors plongé dans La rage, dans sa rage pour être plus exact. Si j’ai trouvé la révolte qu’il y exprime intéressante, je n’ai malheureusement pas été séduit par ce livre au vocabulaire trop empesé pour un jeune délinquant squattant une maison. Les phrases sont longues, lourdes. Le niveau de langue ne rend pas les personnages crédibles, au contraire, il nous donne l’impression qu’ils ne peuvent qu’être faux… Le propos s’étire et s’étire… La vivacité des récits de Philippe Aubert de Gaspé et la poésie des mots de Laure Conan m’ont alors manqué... D’ailleurs, si vous êtes toujours en panne d’auteur, lisez Angéline de Montbrun de Laure Conan. C’est d’une douceur exquise. D’une tristesse désarmante et d’une poésie sans nom. On se plait à s’imaginer derrière l’épaule de Maurice Darville alors qu’il trempe sa plume dans son encrier pour écrire à sa belle Angéline à la lueur d’une chandelle.

Sur ce, je vous laisse et retourne à mes lectures.
Toujours vôtre, Eblis

P.S. Je suis tombé récemment sur le projet d’un jeune homme de 16 ans qui désire mettre en valeur l’ancienne résidence du journaliste et homme politique d’origine écossaise John Neilson à Saint-Gabriel-de-Valcartier. En plus d’avoir appuyé le parti canadien Neilson a voulu cimenter les liens entre immigrants d’origine britannique et Canadiens tout au long de sa vie. La maison, dont la valeur architecturale n’est plus à démontrer, est particulièrement bien conservée malgré ses quelques 45 ans d’abandon et mérite vraiment d’être remise en valeur. D’autant plus que ce jeune homme souhaite faire de cette maison un musée d'histoire régionale qui expliquera l'apport des Écossais et des Irlandais à notre culture. J’ai crû que ce projet pourrait vous intéresser et, puisqu’il nécessite l’intervention du public (ce jeune homme sollicite une bourse de 20 000$ que la chaîne de télévision Historia fournira pour la mise en valeur du bâtiment ayant reçu le plus de votes sur son site), je vous invite à voter chaque jour jusqu’au 10 décembre pour la maison John Neilson à l’adresse suivante (http://www.historiatv.com/concours/sauvez_un_batiment_de_chez_vous/index.jsp) et à inviter vos ami(e)s et connaissances à faire de même.

Dirlandaise a dit…

Cher Eblis,

Ah je suis gâtée de recevoir de vos nouvelles si vite et cela me rend heureuse comme à l'accoutumée. C'est vrai que vous travaillez sur l'art grec ? J'en suis fort aise car c'est un monde merveilleux très riche et le parcourir, c'est comme se promener au paradis ou presque. Je ne me lasse pas d'ouvrir le livre de monsieur Brunel et de contempler toutes ces merveilles du passé.

Vous êtes en plein questionnement il me semble. N'hésitez pas à m'écrire sur mon adresse de messagerie habituelle car je reçois vos messages. Je vais me débrouiller pour vous répondre.

C'est intéressant ce que vous m'écrivez sur le mariage. Vous savez que j'ai une longue expérience dans le domaine. Je regrette fort, tout comme vous, que les unions se fassent sur de simples caprices et amourettes sans vraie profondeur. Beaucoup de pays basent le mariage sur des intérêts familiaux avant tout et les mariés apprennent à s'aimer par la suite. Je ne sais si cela est mieux mais il semble que ce genre de mariage de raison dure contrairement aux nôtres qui sont si éphémères.

Pour l'oeuvre de Louis Hamelin, je n'ai lu qu'un livre de lui mais, malgré ses défauts et lacunes évidentes, il me touche et je lui trouve un certain charme. J'aime bien quand il écrit sur la nature sauvage. Alors là, il est très touchant. "Betsi Larousse" n'est pas un chef-d'oeuvre mais j'ai éprouvé beaucoup de plaisir à le lire.

J'ai noté l'oeuvre musicale que vous me suggérez et je vais assurément l'écouter car j'aime explorer le monde de la musique. J'y fais de si belles découvertes.

Intéressant le projet du jeune homme d'autant plus que j'ai des origines irlandaises donc je vous remercie pour l'information.

Je vous laisse cher ami et je vous incite encore une fois à me confier vos doutes et vos angoisses. Si je peux vous être d'une aide quelconque, j'en serais fort heureuse.

Dirlandaise qui vous fait une douce caresse.