dimanche 5 décembre 2010

Islamistes : Comment ils nous voient

Au cours de l’automne 2005, la journaliste Anne Nivat se rend au Pakistan, en Afghanistan et en Irak afin de rencontrer des musulmans dans le but de savoir quelle est leur vision de l’Occident. Anne Nivat s’est efforcé d’aborder cette mission sans préjugés et dans un état d’esprit absolument neutre et ouvert à l’autre. Elle rencontre donc différents personnages œuvrant dans le domaine politique, éducationnel et religieux. Ce sont pour la plupart des gens instruits mais elle interroge également quelques personnes exerçant des métiers plus modestes ceci afin de bénéficier d’un éventail d’opinions représentatif de l’ensemble de la population du pays concerné.


Bien que l’entreprise de la journaliste soit fort louable, les résultats demeurent mitigés. En effet, les avis des quelques personnes rencontrées peuvent-ils nous éclairer adéquatement et nous donner une juste idée de la mentalité du pays qu’elles habitent ? Je reste sceptique mais tout de même, la valeur des rencontres et des propos échangés ne fait aucun doute et le travail de madame Nivat est assez impressionnant compte tenu des circonstances et de la dangerosité de certaines régions notamment en Irak où elle assistera à un meurtre d’une extrême violence, commis à quelques mètres seulement du véhicule qu’elle occupe.

Ce livre se lit en quelques heures et comme à l’accoutumée avec cette grande reporter, il fourmille d’informations et de renseignements fort intéressants sur la situation politique et religieuse des pays visités. Les personnes rencontrées sont pour la plupart des personnalités locales influentes et des enseignants. Les thèmes abordés sont à peu près tous les mêmes pour les trois pays : la responsabilité des médias occidentaux dans la propagation d’une image négative de l’islam à travers le reste du monde, l’impérialisme et la brutalité des USA qui désirent instaurer une démocratie à leur image sans tenir compte des valeurs et de l’identité culturelle des pays sous leur contrôle, la situation de la femme musulmane et les valeurs culturelles et religieuses des communautés islamiques confrontées à celle des pays occidentaux. En gros, on accuse les USA de tous les malheurs qui accablent l’islam entre autres de corrompre la jeunesse et de lui faire perdre toutes ses valeurs.

Écrit en 2005, il faut replacer ce livre dans son contexte. Bien qu’il soit d’un intérêt certain, il n’apporte rien de bien nouveau ni de bien inédit à ce que tout le monde sait déjà. Je m’interroge sur la pertinence d’un tel ouvrage alors que les médias nous ont abreuvé d’informations sur le sujet mais madame Nivat voulait faire preuve de neutralité et écouter sans jugement ni à priori ce que l’Orient avait à nous reprocher et comment ils vivaient au quotidien ce choc des cultures. Pourtant, à la lecture, on sent l’exaspération de la journaliste surtout suite à la déclaration d’un représentant des Taliban rencontré en Afghanistan qui ne mâche pas ses mots :

« L’Occident est si éloigné de la religion, il ne pense qu’à sa suprématie technologique censée lui permettre de nous vaincre. Mais ce n’est pas vrai ! Là-bas, en Occident, ils vivent comme des animaux sauvages ! Ce sont des porcs et nous les mettrons plus bas que terre ! »

De même lors d’une entrevue avec une enseignante d’anglais irakienne qui commente la condition féminine dans son pays versus celle de la femme occidentale, la journaliste émet quelques commentaires éloquents sur le manque d’objectivité et la mauvaise foi dont fait preuve son interlocutrice.

Enfin, le livre ne manque pas d’intérêt et le travail de madame Nivat est tout à fait remarquable. Son courage est exemplaire et certains passages se lisent comme un véritable roman d’aventure. Bref, à lire mais à replacer dans le contexte de l’époque.

Dirlandaise

Aucun commentaire: