samedi 8 janvier 2011

Le financement des talibans

"Rares sont ceux qui le savent en Occident, mais Benazir Bhutto, Premier ministre du Pakistan à l'époque, joua un rôle clé dans le financement des talibans et la promotion de leur domination de l’Afghanistan. Nombre d'Afghans l'ont surnommée "la mère des talibans". Son but était d'exploiter des routes commerciales à travers l'Afghanistan tout en sapant l'influence de l'Inde dans le pays. Une fois de plus, mon pays était l'otage d'une partie d'échecs régionale qu'il n'avait aucun moyen de gagner.

J'étais adolescente et je grandissais dans des camps de réfugiés au Pakistan quand Bhutto était au pouvoir. J'étais alors trop jeune pour comprendre la politique, mais je me souviens que le fait qu'une femme tienne un tel rôle me rendait heureuse et pleine d'espoir. Je sais maintenant que ce qui compte, ce n'est pas le sexe, mais les idées et la personnalité. Cela dit, je pense que voir des femmes à des postes de pouvoir est de nature à donner de l'espoir aux jeunes. Des millions de Pakistanais étaient impatients de voter pour Benazir Bhutto à son retour d'exil, en 2007. Malgré un passé politique entaché par le corruption, sa candidature à la présidence donnait l'espoir de voir la fin de la domination des militaires et l'avènement d'une société démocratique et sécularisée. 

J'étais en désaccord avec Bhutto sur bien des points, mais son assassinat était une action terroriste et je le condamne sans réserve. Aucun différend politique ne devrait jamais être résolu par ce type de violence, et je ne cautionnerai jamais l'élimination par ce moyen fût-ce des pires ennemis de l'Afghanistan. C'est à la démocratie - la vraie démocratie - et aux cours de justice de décider du destin des responsables politiques. Et pourtant, malgré le sentiment de révolte qu'inspire son meurtre, je dois reconnaître que beaucoup d'Afghans progressistes se souviennent du rôle que Bhutto a joué dans la destruction de notre pays et la montée des talibans à la mentalité obscurantiste."


(Malalaï Joya, Au nom de mon peuple)

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