jeudi 24 février 2011

C'est trop salissant...

"En novembre 2001, sous la pression grandissante des États-Unis, le gouvernement yéménite gela les comptes bancaires de plusieurs négociants et vendeurs de miel, accusés de servir d'intermédiaires au réseau de Ben Laden. Mais cette décision resta pratiquement sans effet. Le gel des avoirs " ne nous a pas affecté, reconnut le gérant d'une boutique d'al-Shifa, car une grande partie de nos exportations s'effectue sous forme de troc." Dans la douce chaleur de l'hiver arabe, le commerce du miel se portait mieux que jamais.

Le Moyen-Orient achète, vend et consomme énormément de miel. En Arabie saoudite, où la production est faible, chaque famille en emploie 1 kilo par mois en moyenne. Les importations proviennent du Yémen, du Pakistan et même d'Afghanistan. Le miel yéménite est le plus pur et le plus cher de tous ceux que l'on peut trouver au Moyen-Orient. Aux dires de Steven Emerson, qui tient à jour une base de données sur les groupes islamistes armés, Ben Laden aurait établi des liens étroits avec certains professionnels locaux, dont notamment l'entreprise Al-Nur Honey basée dans la capitale, Sanaa. L'un de ses propriétaires s'appelle Mohammed al-Ahdal. Ancien moudjahid arabo-afghan, un  journal l'a décrit en 1992 comme étant l'un des premiers arabes à avoir participé au jihad antisoviétique (en 1998, al-Ahdal a été incarcéré en Arabie saoudite, accusé de préparer des actions terroristes contre le gouvernement saoudien). Quelques-uns des lieutenants de Ben-Laden travaillent dans le miel, comme Abou Zubaydah, directeur des affaires extérieures d'Al Qaida. Les renseignements américains soutiennent que Ben Laden lui-même, au travers d'une succession de sociétés fictives et d'associés, posséderait une chaîne de boutiques au Moyen-Orient.

L'entrée d'Oussama ben Laden dans l'industrie du miel a coïncidé avec son installation au Soudan au début des années 1990. L'une de ses sociétés, l'International al-Ikhlas Company, y produisait du miel et des confiseries dans une usine située à Kameen. Ben Laden n'est pas seul sur ce créneau : d'autres organisations armées moyen-orientales, telles que le Jihad islamique, se sont servies de magasins de miel pour financer leurs opérations terroristes. Cette substance offre en outre un très bon moyen de camoufler les marchandises de contrebande : la drogue, les armes, l'or, les équipements électroniques et l'argent sont souvent transportés dans des conteneurs. Avec l'accord tacite des commerçants, ces produits sont littéralement "plongés" dans le miel. "Son odeur et sa consistance permettent de dissimuler sans problèmes des armes ou des stupéfiants, explique un douanier yéménite. De plus, les inspecteurs refusent d'y toucher. C'est trop salissant." Les activités de ce genre offrent donc un double avantage : une source légale de revenu et une couverture utile pour la contrebande."

(Qui finance le terrorisme international ? Loretta Napoleoni)

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