lundi 4 avril 2011

Le courroux divin !

"Ici, un bosquet de trembles est parcouru d'un frémissement ; ses feuilles se revêtent d'une teinte blafarde qui tranche nettement sur le fond violet de la nuée. Elles se tordent en sifflant ; les cimes des grandes bouleaux commencent à se balancer et des touffes d'herbes sèches volent par-dessus la route. Des martinets et des hirondelles au ventre blanc planent autour du cabriolet comme si elles avaient l'intention de nous arrêter, en rasant le poitrail des chevaux ; des choucas au plumage hérissé volent dans le vent, un peu de côté ; les bords du tablier de cuir que nous avons boutonné commencent à se soulever, en laissant passer des rafales de vent humide et, dans leurs mouvements, frappent la caisse du cabriolet. Un éclair semble s'allumer à l’intérieur même de notre voiture ; il nous éblouit et illumine une seconde le drap gris, le galon et la silhouette de Volodia pelotonné dans un coin. À l'instant même, juste au-dessus de nos têtes, retentit un grondement majestueux qui paraît s'élever de plus en plus haut, en s'amplifiant, selon une immense ligne en spirale ; il grandit peu à peu et se mue en un fracas assourdissant qui vous force malgré vous à trembler et à retenir votre respiration. Le courroux divin ! Que de poésie dans cette idée des gens simples !"

(Léon Tolstoï, Adolescence)

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