mardi 12 avril 2011

Portrait d'Ida Rubinstein par Valentin Serov, 1910

"Dans le célèbre portrait de la danseuse Ida Rubinstein (1910), il n'y a nulle trace de tendances "accusatrices" ; mais l'acuité de la caractéristique atteint dans ce portrait une force extraordinaire.

Runbinstein a frappé Serov. Quand il l'a vue dans un spectacle, il s'est aussitôt figuré l'image qu'il en pourrait créer sur toile. Une danseuse stylisée, raffinée, mais pleine de tempérament, tel a été le nouveau modèle de Serov, et il a su en faire une image adéquate en rendant encore plus soulignés les traits originaux et accusés de la portraiturée. Voilà comment Nina Simonovitch-Efimava décrit Ida Rubinstein qu'elle a vu poser dans l'atelier de Serov : "Un ovale du visage qu'on dirait dessiné d'un trait ; un nez d'une forme noble. Et un visage gentil, mat, pâle, avec des cheveux noirs tombant en une torsade de boucles. Une silhouette moderne avec un visage venant d'une époque antique, des Indes légendaires. Cette authenticité attirait Serov, parce qu'elle excluait toute idée éventuelle de superficiel, de factice. Serov disait que sa bouche rappelait "la gueule d'une lionne blessée."

Il se peut que le portrait d'Ida Rubinstein réponde en tout aux exigences du nouveau style. La célèbre ballerine posait nue, et cela seul obligeait le peintre d'écarter toutes les associations permettant d'identifier l'image à la réalité. Serov ne cherchait pas à "représenter" Ida Rubinstein : il créait une image en utilisant le très riche matériel que lui donnait le modèle. En même temps il voulait joindre le conventionnel au réel, ce qui était typique du "modern" en général et de presque tous les portraits de Serov en particulier. Trois couleurs seulement et à leur état pur, sans nuances, ni mélanges - bleu, vert et brun, - viennent "enluminer" l'oeuvre. chaque couleur est isolée et localisée. Rien ne marque l'espace où se trouve la figure : ni la couleur, ni la composition, ni la perspective. Le modèle ne semble pas être assis, mais plutôt étalé, appliqué à la toile, ce qui lui donne, et cela malgré toute son extravagance et tout son raffinement, une teinte de faiblesse et de vulnérabilité."

(Dimitri Sarabianov : "Valentin Serov, le premier maître de la peinture russe")

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