mardi 12 avril 2011

Portrait de la princesse Olga Orlova par Valentin Serov, 1911

"Si dans le portrait d'Ida Rubinstein, Serov, tout en soulignant ce qu'il y avait en elle de caractéristique et non point d'idéal, avait beaucoup d'admiration pour son modèle, il n'en est pas de même avec une série d'autres portraits où il traite l'image d'une manière presque grotesque. Cette tendance atteint son apogée dans les toutes dernières années de la vie de l'artiste et, avant tout, dans le portrait de la princesse Orlova (1911). Ici, la composition et le coloris présentent une unité idéale d'ensemble et d'harmonie, ils sont parfaits du point de vue classique. La chaude profondeur du luxueux manteau d'une fourrure soyeuse qui descend des épaules d'Orlova, contraste avec sa robe aiguemarine aux reflets nacrés et met en relief la peau mate et velouté de son cou et de ses mains soignées qui tordent machinalement un collier de perles. Serov, et cela sans jamais donner dans la reproduction naturaliste du monde des choses réelles, rend avec finesse les objets qui entourent Orlova : vase de Sèvres sur une console dorée, tableaux anciens. La solution de composition - sous le rapport de l'espace et du rythme - est trouvée par le peintre avec brio ; la femme est assise dans un coin d'un grand salon, donc ce n'est pas un mur plat qui lui sert de fond mais bien un coin formant - tel le décor d'une pièce de théâtre - l'espace "scénique". Tous les objets sont donnés d'une façon fragmentaire, ce qui permet de juger des dimensions et de la magnificence de la demeure princière. Mais cette fragmentation n'a rien à voir avec le caractère intentionnellement fortuit de la composition. Chacun des objets représentés fait partie inhérente des lois rythmiques de la composition et "vit" d'une vie pleine. Serov admire l'unité harmonieuse de la nature et du caractère d'Orlova, si parfaits et entiers dans leur genre. Son extérieur raffiné et soigné, sa "race", sa superbe négligence dans le port de choses qui coûtent cher, son caractère "stylisé", donnent une riche matière à Serov à exercer sa maestria. Mais il ne s'agit pas là - comme c'est souvent le cas avec les portraits d'apparat - simplement d'une belle dame du monde. La forte individualité du modèle a permis à l'artiste de créer tout un type social. L'oeil implacable d'un réaliste et une main sûre, lui font trouver une formule artistique ; mais, pour apparaître, cette formule a besoin d'une silhouette nette de la figure, d'une pose typique et fixée, même dans ce qu'il y a en elle de fortuit ; en quelque sorte, on a un nouveau standard, pareil à celui qui était typique du portrait du dix-huitième siècle et qui impliquait la présence de formes traditionnelles établies. Serov a, pour ainsi dire, élaboré les bases du genre, son iconographie. Sous ce rapport le portrait d'Orlova est excessivement "iconographique" : la pose, trouvée après de longues comparaisons et d'innombrables changements, l'entourage, la composition bâtie sur l'harmonie des fragments constituants, la noblesse de la peinture, cela présente dans son ensemble tout un jeu de qualités indispensables pour un portrait d'apparat."

(Dimitri Sarabianov : "Valentin Serov, le premier maître de la peinture russe")

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