dimanche 1 mai 2011

"La constellation du lynx" de Louis Hamelin

La face cachée d'Octobre 70

Louis Hamelin nous propose ici un volumineux « roman » sur la Crise d’Octobre. Pour ceux qui ignorent ce qu’est la Crise d’Octobre, c’est la période du mois d'octobre 1970 au cours de laquelle le ministre libéral du travail Pierre Laporte a été enlevé et tué par le Front de Libération du Québec (FLQ), un groupe indépendantiste québécois fondé en 1960 et qui visait le renversement du gouvernement québécois et l’émancipation du Québec face au Canada anglais.

Donc, le livre présente un intérêt certain car monsieur Hamelin révèle de quelle façon le ministre Laporte est mort. Il aurait recueilli les confidences de Francis Simard au Mexique ce qui est étonnant car monsieur Simard a toujours refusé de révéler les détails de la mort du ministre. Mais le livre ne se contente pas d’énumérer les faits et les événements de cette crise, il va plus loin et le roman se métamorphose en enquête fouillée sur les motivations profondes du gouvernement et des autres intervenants dont entre autres la CIA et les services secrets britanniques. Les révélations de l’auteur sont pour le moins surprenantes et laissent un goût amer. La couverture médiatique de l’époque a passé sous silence des faits assez révélateurs que monsieur Hamelin s’est acharné à décortiquer afin d’en extraire le sens profond et caché. Le livre prend parfois des allures de roman d’espionnage et de polar sordide. La description des magouilles et des malversations lors des élections, les règlements de comptes, la sordidité des bas quartiers dominés par la pègre, la vie misérable des habitants de Jacques-Cartier, la corruption des uns et des autres forment une mosaïque fort déprimante et tout à fait glauque.

Les noms des principaux intervenants ont été changés mais j’ai reconnu aisément la plupart d’entre eux. Les frères Rose sont devenus les frères Lafleur, Francis Simard est Gode, le ministre Laporte est Paul Lavoie et Robert Bourassa se nomme Vézina. Enfin pour ceux qui connaissent bien cette histoire, ils s’y retrouveront facilement mais pour les autres, je conseille de lire un peu avant sur le sujet afin de pouvoir se démêler un peu dans tous ces personnages. Je conseille la lecture du livre de Francis Simard « Pour en finir avec Octobre », un livre magnifique dont monsieur Hamelin s’est largement inspiré pour écrire le sien. Je reconnaissais des passages entiers du livre réécrits autrement bien sûr.

Bien que le livre soit très long, il ne m’a jamais lassée. Peut-être est-ce dû à l’écriture fort vivante et colorée de l’auteur et aussi au fait que les chapitres sont très courts. Monsieur Hamelin nous invite à suivre chacun des personnages à tour de rôle et presque chaque chapitre se situe à une époque différente. Certains sont remarquables, je pense à celui relatant les arrestations lors de la loi sur les mesures de guerre, la fête mouvementée de la Saint-Jean avec les émeutes et aussi l’odyssée de la cabane du pêcheur à Percé. Certains personnages sont tout à fait bien décrits comme l’avocat Robert Lemieux. Mais ce sont les toutes dernières pages qui constituent le point fort du roman. Celles qui décrivent la détention et la mort du ministre Laporte alias Lavoie. À la toute fin aussi, beaucoup de courts chapitres nous révèlent une partie de l’immense supercherie que constitue la Crise d’Octobre et de quelle ignoble façon les felquistes ont été manipulés par les autorités en place.

Le livre a nécessité plusieurs années de travail et de recherches. Il nous replonge au cœur de la tourmente d’Octobre avec un regard différent et bien personnel. Monsieur Hamelin avait des choses à nous dire et il l’a fait fort pertinemment. À lire.

Dirlandaise

« Alors l’alerte est donnée, c’est le branle-bas de combat dans le bungalow. Vos kidnappeurs décident de vendre chèrement leur peau et, en attendant, de se servir de la vôtre comme d’un bouclier. Ils tronçonnent un vieux manche de moppe et se fabriquent des faux bâtons de dynamite en recouvrant les morceaux de bois de papier brun qu’ils enduisent de beurre pour imiter le fini de la vraie dynamite. Ils ajoutent un réveille-matin comme semblant de détonateur et assez de fils électriques qui dépassent pour donner le change, ensuite ils fourrent les bâtons dans une sacoche qu’ils vous ceinturent solidement autour de la poitrine. Après, ils vous traînent en face de la porte, coincé entre le gars qui tient le détonateur et un autre qui vous colle le canon de sa MI sur la tête, et vous restez là à attendre le premier coup de botte ou de crosse dans la porte, la ruée… »

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