mardi 7 juin 2011

"Les souffrances de l'humanité"

« J’ai regardé autour de moi et les souffrances de l’humanité ont mortifié mon âme. J’ai tourné mes regards à l’intérieur de moi-même et j’ai vu que les malheurs de l’homme sont dus à l’homme, pour cette seule raison que souvent il ne regarde pas en face les objets qui l’entourent. Est-il possible, ai-je pensé, que la nature ait été si avare envers ses enfants pour cacher à jamais la vérité à celui qui s’égare innocemment ? Est-il possible que cette marâtre effroyable nous ait engendrés afin que nous éprouvions les malheurs et jamais la félicité ? Mon esprit frémit à cette pensée et mon cœur la rejeta loin de lui. Je trouvai à l’homme un consolateur en lui-même. « Puissé-je ôter le voile des yeux de la sensation naturelle et je serai heureux ! » Cette voix de la nature résonnait puissamment dans ma chair. Je me réveillai soudain de la désolation où m’avaient plongé la sensibilité et la commisération, je sentis assez de forces en moi pour m’opposer aux égarements et — joie indicible ! — je sentis qu’il était possible à chacun de prendre part au bien-être de ses semblables. »
 
(Alexandre Radichtchev, Voyage de Pétersbourg à Moscou)

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