mardi 28 juin 2011

Rien à se dire...

À moins d'avoir une passion en commun, les gens n'ont rien à se dire. D'où l'utilité des divertissements. "N'ayant pas d'idées à échanger, écrivait Schopenhauer, on échange des cartes."

Schopenhauer, l'heureux homme, ne connaissait que l'abêtissement par les cartes. Aujourd'hui, nous faisons beaucoup mieux. Nous avons la télévision.

Il est normal que dans une société dont le souci cardinal est de tuer le temps, et non de l'employer, la télévision ait le succès que l'on sait. Les gens n'ont rien à se dire, mais lorsqu'ils se retrouvent le matin, au bureau ou à l'usine, ils discutent des émissions de la veille. Ils s'animent, ils se passionnent, ils prennent parti. Le grand art de la termitière est de donner aux hommes l'illusion qu'ils pensent par eux-mêmes, alors que, tel le chien de Pavlov, ils ne font que réagir ; l'illusion qu'ils sont des êtres libres, alors qu'ils ne sont que des esclaves."

(Gabriel Matzneff, L'archange aux pieds fourchus)

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