dimanche 25 septembre 2011

Comment peut-on être catholique et heureux ?

"Philippe Sénart et Yvan Christ n'ont que médiocrement apprécié ma chronique intitulée Il faut dynamiter Saint-Pierre parue voilà quelques semaines à Combat. Cependant, je persiste et je signe. C'est au printemps, avec Eibel et Pia, que j'ai pour la première fois visité Saint-Pierre de Rome, et c'était pire que ce que je craignais. Un gigantesque étron de marbre et d'or, dix fois plus inhumain, plus laid, plus monstrueux que la cathédrale Saint-Isaac de Léningrad-Pétersbourg, qui dans le genre est déjà gratinée. Et la haute statue dorée du pape Pie XII, extraordinaire de méchanceté ! Une mauvaiseté lucide, féroce, implacable. En vérité, cette statue est une pièce à conviction. Avec un tel témoin, il n'est pas question pour l'Église romaine de plaider non coupable devant le tribunal de l'humanité.

Certes, j'ai un faible pour la papauté du temps de la Renaissance, telle qu'elle apparaît chez Burckhardt, Taine ou Nietzsche ; mais la papauté moderne, cul-béni, moralisatrice, qui prononce de solennelles phrases creuses respectueusement reprises par les agences de presse du monde entier, qui se croit obligée de déposer sa crotte au pied de chaque événement, la papauté en caleçon de laine, la papauté aux odeurs rances de vieille fille mal lavée, cette papauté-là me donne le cafard.

Comment peut-on être catholique et heureux ?"

(Gabriel Matzneff, Élie et Phaéton)

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