mardi 25 octobre 2011

La marée était basse...

"La marée était basse ; la plage était déserte ; paresseusement clapotait le flot tiède. Le soleil frappait, frappait ardent, flamboyant, à coups répétés, le sable fin ; il cuisait les galets gris, les galet bleus, les galets noirs, les galets veinés de blanc. Il aspirait la petite goutte d'eau qui gisait au creux des coquillages arrondis ; il pâlissait les liserons roses qui faisaient courir leur feston à travers le sable des dunes. Rien ne semblait bouger que les petites sauterelles. Pitt-pitt-pitt ! elles ne restaient jamais tranquilles.

Là-bas, sur les rochers revêtus d'algues, qui, à marée basse, ressemblaient à des bêtes au long poil descendues au bord de l'eau pour boire, le soleil paraissait tournoyer comme une pièce d'argent qui serait tombée dans chacune des petites vasques du rocher. Elles dansaient, elles frissonnaient ; des ondulations minuscules venaient laver les bords poreux. Si on regardait en bas, si on se penchait sur lui, chaque bassin était comme un lac aux rives duquel se pressaient des maisons bleues et roses ; et, oh! quel vaste pays montagneux par-delà ces maisons ! - quels ravins, quelles gorges, quelles dangereuses criques, quels sentiers effroyables conduisant au bord de l'eau ! Sous sa surface ondulait la forêt marine : arbres roses pareils à des fils, anémones veloutées, algues tachetées de fruits orangés. Parfois, une pierre au fond bougeait, oscillait et un noir tentacule se laissait entrevoir ; parfois, une créature effilée passait sinueuse, et disparaissait. Il arrivait quelque chose aux arbres roses et mobiles ; ils changeaient, devenaient d'un bleu froid de clair de lune. Et maintenant, on entendait le plop le plus léger. Qui faisait ce bruit ? Que se passait-il là-dessous ? Et comme les algues au brûlant soleil avaient une odeur forte et mouillée..."

(Sur la baie - Katherine Mansfield)

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