mercredi 14 décembre 2011

"La Malhurée" de Félix-Antoine Savard

"Plus belle était la Malhurée
que n'est belle, au matin,
la source d'ambre et d'or !

Ce qu'elle aimait, ce qu'elle aimait
le grand chasseur d'en-haut
son José, son José !

Un soir, à la dernière automne,
à l'aiguade d'amour
il vint boire longtemps

Puis, il marcha si loin, si loin,
que les feuilles revinrent
sans José, sans José !

Alors, toute au compte des jours,
ah ! du temps qui s'allonge
frémit la Malhurée.

Et, comme des flèches claires,
sont piqués ses regards
vers le sentier des monts.

Passe l'été, passent les feuilles;
et la sombre douleur
de l'amante affolée

Hélas ! règne au large, là-bas,
sur le sombre mystère
de la vaste forêt.

Vers la guette des monts
d'où le coeur voit au loin,
confuse et lamentable,

la Malhurée s'enfuit, laissant
le sillage des plaintes,
la houle des sanglots.

Et depuis, dans les nuits de lune,
son fantôme se lève,
blanc dans la gorge noire.

Et brandit au passant l'appel
de sa douleur hurlante,
la pauvre Malhurée !"

Félix-Antoine Savard

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