mardi 24 avril 2012

"Dans les forêts de Sibérie" de Sylvain Tesson

La vie nous réserve parfois de beaux cadeaux. Et lorsqu’on tombe sur l’un d’eux, on se dit qu’on n’aura pas vécu en vain, que toutes nos souffrances afin de nous maintenir en vie n’auront pas été vaines puisque ce livre nous attendait au bout du chemin. Et toute l’absurdité de la vie s’envole pour ne laisser place qu’à du bonheur, du pur bonheur. Sylvain Tesson est un homme admirable à plusieurs points de vue. Sans prétention aucune, il possède une conscience écologiste et un amour de la nature sauvage qui m’enchantent. Ce sont deux traits de caractère qui me fascinent chez un auteur et me le rendent extrêmement attachant. Donc, je suis sous le charme de cet homme dans la force de l’âge, cherchant à comprendre la vie et tous ses mystères. Mais il n’est pas ennuyeux du tout au contraire, il a le don de revitaliser et de mettre de la joie au cœur. J’ai refermé ce livre avec regret et vivement, je le retrouverai dans ses autres livres en espérant que la magie soit toujours présente.


Sylvain Tesson a choisi de vivre seul pendant six mois dans une cabane au bord du lac Baïkal. Il affectionne les lieux car il a déjà effectué un voyage au même endroit quelques années auparavant et s’était bien promis d’y revenir avant la quarantaine et d’y séjourner en ermite sur une période plus ou moins longue. Il débarque donc dans sa cabane et s’y installe. Il a emporté avec lui une soixantaine de livres car il sait que le temps sera long parfois et la lecture l’aidera à supporter la solitude et éloigner le désespoir. Il retranscrit sa liste qui comporte une belle variété d’auteurs : Montherlant, Chateaubriand, Conrad, Yourcenar, Nietzsche, Dantec, Michel Déon, Giono, Paul Morand etc.

Il a aussi emporté une bonne provision de vodka dont il use presque tous les soirs. L’ivresse est pour lui un paradis qui lui fait oublier ses souffrances morales et physiques. Il s’acclimate donc à sa nouvelle vie et adopte une routine quotidienne qui l’aide à affronter les jours. Il apprivoise des mésanges qui deviennent bientôt très importantes dans sa vie. D’ailleurs, la moindre petite chose prend une importance démesurée : un rayon de soleil qui frappe toujours sa table au même endroit à la même heure, la visite de ses mésanges, les craquements de la glace qui recouvre le lac, les moindres petits changements à son univers sont des événements qui retiennent son attention. Il reçoit parfois des visites impromptues de touristes ou bien de gardiens résidant dans les cabanes voisines et les soirées se passent à vider des bouteilles de vodka et à discuter de choses et d’autres selon les intérêts de ses visiteurs. Fréquemment, il part en excursion afin d’escalader des montagnes proches ou bien rendre visite à ses voisins.

La prose de monsieur Tesson est magnifique. Il use cependant de termes spécialisés pour décrire le paysage et il faut avoir recours à un dictionnaire si on n’est pas géologue ou écologiste. Ses descriptions sont hallucinantes de beauté et la majesté du paysage est pour lui une source inépuisable d’inspiration. Il ne se lasse pas de contempler la beauté du monde qui l’entoure. Bientôt, il adoptera deux petits chiens qui deviendront ses compagnons d’excursion et lui sauveront la vie lorsque la femme de sa vie lui annonce qu’elle le quitte.

C’est un beau livre, rempli de poésie, d’amour de la nature et surtout, de beauté. L’homme face à la nature a toujours été un thème que je me suis plu à lire et ici, j’ai été comblée. Sylvain Tesson multiplie les belles réflexions philosophiques sans jamais tomber dans la redondance et la mièvrerie. C’est beau et d’une noblesse rare.

« Pourquoi les hommes adorent-ils davantage les chimères abstraites que la beauté des cristaux de neige ? »

« C’est le soir, il est 9 heures, je suis devant la fenêtre. Une lune timide cherche une âme sœur mais le ciel est vide. Moi qui sautais au cou de chaque seconde pour lui faire rendre gorge et en extraire le suc, j’apprends la contemplation. Le meilleur moyen pour se convertir au calme monastique est de s’y trouver contraint. »

« Les cris ne servent à rien. Dans une perspective naturaliste, l’homme révolté est une chose inutile. La seule vertu, sous les latitudes forestières, c’est l’acceptation. »

« On dispose de tout ce qu’il faut lorsque l’on organise sa vie autour de l’idée de ne rien posséder. »

« Lire compulsivement affranchit du souci de cheminer dans la forêt de la méditation à la recherche des clairières. Volume après volume, on se contente de reconnaître la formulation de pensées dont on mûrissait l’intuition. La lecture se réduit à la découverte de l’expression d’idées qui flottaient en soi ou bien se cantonne à la confection d’un tricot de correspondances entre les œuvres de centaines d’auteurs. »

« Des cumulus barrent l’horizon bouriate. Le soleil couchant les mûrit. Les quatre éléments jouent leur partition. L’eau accueille les copeaux d’argent lunaire, l’air est saturé d’embruns, la roche vibre de la chaleur accumulée. Pourquoi croire que Dieu se tient ailleurs que dans un crépuscule ? »

Ouf, c’est beau !

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