mercredi 9 mai 2012

Finir en cabane...

"J'ai envie de finir en cabane. Mais une cabane de rondins de bois, bien entendu. Je ne quitterai pas cette vie avant d'avoir vécu une expérience qui, à elle seule, comme si elle était un arbre, concentre tous les fruits de la vie vagabonde : la liberté, la solitude, la lenteur, l'émerveillement, la méfiance envers l'humanisme béat... La cabane, c'est le vagabondage moins la géographie. La liberté sans le mouvement, l'épanouissement de l'âme par le retranchement du corps. Se replier dans la forêt (comme on se replie pendant la bataille) est une réponse satisfaisante à la laideur du réel en même temps qu'un retour symbolique sous les frondaisons du monde onirique. N'a-t-on jamais pensé que les orées des forêts étaient de lourdes portes de bois séparant les mondes ouverts (l'openfield terrifiant, défriché par la hache du moine pour que l'oeil du Prince surveille l'horizon), des mondes enchanteurs ? Les bois : dernier endroit du monde où remontent à la surface de nos âmes perdues les vieilles terreurs et les nouveaux élans."

(Sylvain Tesson, Petit traité sur l'immensité du monde)

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