dimanche 24 mars 2013

Dans l'ombre d'un moment de violence

"Aujourd'hui, nous vivons dans l'ombre d'un moment de violence plus récent, le 11 septembre 2001. Jonathan Sacks le décrit comme le moment où "deux cultures universelles, le capitalisme mondial et un islamisme radical, profondément menaçants l'un pour l'autre, se sont rencontrées et heurtées." La terrible violence de ce jour-là nous a mis en face de la violence cachée de notre système économique qui, dans ses structures actuelles, enrichit effectivement des millions de gens mais produit aussi la pauvreté et une inégalité croissante. Les deux tiers des habitants du village global qui est le nôtre vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins que ce que reçoit une vache dans les pays de l'Union européenne.

Le 11 septembre, cette violence est retombée sur nous. Comme l'a écrit Rowan Williams : "Chaque transaction de l'économie occidentale peut être interprétée comme un acte d'agression d'une économie développée contre les perdants, dans le jeu de l'économie mondiale. Quelle que soit la vigueur de nos protestations contre ce qui nous semble une caricature, c'est ainsi que cela est vécu. Et il nous faut commencer à comprendre que cette façon de voir est une partie du prix qu'il nous faut payer pour les bénéfices de la mondialisation."

Cette violence est le fruit du capitalisme mondial d'aujourd'hui. Cela n'aurait aucun sens d'être contre le marché comme tel, mais son fonctionnement présent est lié aux intérêts des nations puissantes, et historiquement, son développement est profondément lié à une certaine forme d'universalisme chrétien. L'ouverture du canal de Suez en est un excellent symbole. La compagnie fondée en 1858 pour le creuser s'appelait "La Compagnie universelle". Le nonce pontifical fit un discours de lancement dans lequel il semble comparer l'ouverture du canal à la création du monde, tandis que le souffle de Dieu plane sur les eaux. Toute l'humanité est réunie "Ô Occident ! Ô Orient ! Rapprochez, regardez, reconnaissez, saluez, étreignez-vous !" Inutile de préciser que tout cela se fait sous la conduite du Dieu chrétien : " La croix est dressée, respectée par tous, face au croissant." La croix représente ici une universalité qui est étroitement liée à l'impérialisme de l'Occident chrétien.

C'est pourquoi la violence du 11 septembre doit nous faire réfléchir et nous demander s'il ne faut pas aller plus loin encore dans notre réévaluation de la manière de raconter l'histoire de la mort et de la Résurrection du Christ."

Timothy Radcliffe, Les sept dernières paroles du Christ

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