jeudi 23 mai 2013

"On ne devient pas femme de marin..."

"On ne devient pas femme de marin, il faut naître et grandir avec la doctrine qui va avec. C'est seulement quand on a compris et accepté toutes les nuances que couvre le mot patience qu'on peut jeter son dévolu sur un homme des mers. Car si le torse du marin est robuste, il ne suffit pas de s'y agripper pour le garder au lit, quand les vagues langoureuses le réclament. "Tu aimeras la mer, ta mère et ta femme !" Tous les garçons de l'île grandissent avec un théorème de ce genre. Petits, on leur serine que la mer est leur mère et aussi leur épouse. Ils doivent l'aimer, comme une mère nourricière ; la séduire et la dompter, comme une épouse. Les mères et les épouses attendent, conscientes qu'elles sont la mer que les marins ne quittent que pour mieux revenir. L'océan gronde et s'étire ; entre désirs et frustrations, il charrie toutes les clefs des jeux de pouvoir. Mais la force n'est pas toujours là où l'on s'imagine, ceux qui restent à quai ont passé des lassos invisibles au cou de ceux qui s'en vont. "Partez, partez, vous reviendrez !" Les femmes se soûlent de cette pensée magique afin de ne pas mourir de l'absence des hommes. "Je m'en retournerai chez moi, ma femme m'attend", se disent les hommes pour ne pas se laisser emporter par les vagues de la vie."

Diome Fatou, Celles qui attendent

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