samedi 31 janvier 2015

Gabriel Matzneff


"Si Dieu se cache, s'il refuse d'être évident, c'est pour que nous soyons libres. On parle souvent de la puissance de Dieu, et de sa force. Il serait plus fécond de mettre l'accent sur sa vulnérabilité. Avoir créé l'homme et l'avoir créé libre est un risque extraordinaire. Si l'homme n'était pas libre, tout irait comme sur des roulettes au paradis des esclaves béats, au royaume du Grand Inquisiteur ; mais l'homme a été créé libre, et cette liberté est un terrible soleil. Dieu peut tout, sauf contraindre l'homme à l'aimer."



"Ce qui rend la vie sociale si ennuyeuse, c'est son hypocrisie. Chacun se compose un personnage, affecte une unité de surface. Celui qui ose avouer ses contradictions fait scandale. On le traite d'immature ou de débauché. Pourtant, c'est ainsi : coexistent en nous un spirituel et un sensuel, un cynique et un tendre, un égoïste et un généreux, un Don Juan et un amant capable de fidélité, un destructeur et un créateur. La lucidité nous invite à confesser notre nature contradictoire, fugitive, polymorphe ; mais la lucidité est une vertu infernale, c'est-à-dire une vertu qui autorise les pharisiens à nous envoyer rôtir en enfer."




"L'archétype de l'épreuve est celle du Christ au désert. Et c'est bien d'un désert qu'il s'agit. L'adversité crée autour de nous une vaste solitude. Elle est semblable à la crécelle d'un lépreux. Égoïstes et légers, les hommes n'aiment pas les spectacles qui les assombrissent. La maladie leur fait peur, la pauvreté leur fait peur, et ils marchent vers la mort à reculons, la grimace de la jeunesse tordant leurs visages parfumés. Celui qui souffre n'a rien à espérer d'eux."


Gabriel Matzneff

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